22 PLAISIR

Sarah Anstett

Mon tas, en sculpture est plutôt une forme positive qui s’élève dans l’euphorie et une pulsion de vie, même si la forme en soit est associée à l’écroulement et à la dégradation.

Ce tas et les objets qui le composent, luttent sans répit contre l’image qu’ils donnent d’eux même.

Le tas idéalisé pour moi est celui du film de Steeven Spielberg «Rencontre du troisième type»,où le personnage principal forme un tas d’objets hétéroclites dans son salon en partant d’une assiette de purée, tout cela dans une hystérie jouissive.

Ce tas est en faite la représentation d’une montagne où devrait avoir lieu la rencontre du troisième type, avec les extraterrestres.

Je m’intéresse beaucoup à cette forme, qui à pour moi comme base, le tas de glaise ou de cire dans l’histoire de la sculpture, une sculpture du modelage ou l’on rajoute plutôt que l’on retire. Cette forme et l’action qui l’engendre est à la fois libre et toujours identique, une forme non pensée, d’une grande précarité.

A partir du tas je tente de construire une forme unitaire à partir d’élément disparates, mais

cette volonté de rassembler est souvent mis à mal par la propre force des matériaux, et engendre des problèmes d’équilibre (du sens, de la couleur, de la forme.).

J’aime l’idée du recyclage, mais je ne suis pas quelqu’un de nostalgique. Je pense à

la poussière qui continue de s’accumuler à la surface de mes sculptures, comme une couche de peinture qui viendrait s’ajouter à la liste des matériaux que j’utilise.

Cette poussière c’est la même qui se dépose sur les objets qui se trouvent dans un grenier, dans une cave, dans la rue, dans un appartement ou dans un musée. Je ne veux pas lutter contre la poussière d’un immeuble qui s’effondre ou la poussière d’un corps en décomposition.

Je veux bien danser au milieu de la poussière.

Mon répertoire va du politique à l’histoire, de la morale,à des sujets explicitements sexuels, de la science fiction,à la nature de l’objet artistique.

Je procède par accumulation, par collage de matériaux que je trouve dans la rue, objet

de rebuts. Je souhaite, par la manière dont je traite la matière (en la recouvrant d’une épaisse couche de peinture,en coupant grossièrment...) et le mode de construction instable, mettre à mal l’implicite symbole de l’objet.

Je tire des objets les uns vers les autres dans une rencontre forcée, qui peut aboutir à des

rendez-vous manqués ou de réels coup de foudre.

C’est vrai, je l’avoue, c’est vrai que j’ai essayé d’ingurgiter tous ces matériaux, en faisant

de grande piles comme énormes club sandwichs, c’est vrai que j’ai essayé de tous les

mettre. Tout ça ne tenait que par un seul et unique cure-dents, le sandwich finissait toujours par me sauter à la figure, car je suis bien trop gourmande.