22 PLAISIR

Sandro Della Noce

Les Champs

  Une ligne tendue à l’horizontale, une direction, un axe parfait,
une chape de niveau pour commencer à fabriquer mes sculptures.
Les steppes de Mongolie, les déserts de Californie et des « Four
states corners », les autoroutes américains à douze voies sans
fin, les champs de la Beauce et openfield du middle-west des USA
endossent le rôle des meilleurs terrains, pour entamer ce chantier de
la construction et de la mise en œuvre de mon travail.
  Comme sur les fonds bleus du cinéma d’effets, ces paysages
déserts mais fertiles, neutres et sans parasites, se retrouvent occupés
par des formes qui s’y découpent parfaitement. On y trouve des
yourtes, des Joshua Trees, des arches minérales naturelles, des tours
de forage pétrolier, des moissonneuses batteuses, des tracteurs, des
« truck-train» et autres machines intrigantes.
  Ces formes sont isolées, ce sont des monstres actifs, elles sont les
seuls à affirmer encore leur présence au sein de la nature. Dans cette
immensité, je me sens tour à tour minuscule et puissant, spectateur
et acteur de la scène.
Ce « fond bleu » pourrait se transformer en « white cube » et
recevoir mes sculptures. Elles se construisent du mélange de la
sècheresse de ces paysages et de la fascination pour ces engins qui
les occupent.
  Dans un monde de la micro technologie, du transfert des données par
bluethooth, du portable le plus fin et léger du monde, du dessin au stylet
sur touchpad et autres volontés de chercher à tout faire diminuer, voir
disparaître, je savoure l’idée de faire de la structure tubulaire lourde,
avec des gros panneaux de CP de 2000 X 1400 X 30 millimètres et de
dessiner à la craie.